Mauritanie-Sénégal : les pêcheurs artisans relancent leur protocole de coopération
Nouakchott, 22 août 2026 – Les organisations professionnelles de la pêche artisanale de Mauritanie et du Sénégal se sont réunies les 21 et 22 août à Nouakchott, sous la supervision de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA), pour redonner vie à un partenariat mis en pause depuis plusieurs années.
La rencontre a réuni la Fédération nationale des pêches de Mauritanie (FNP, section pêche artisanale) et le Conseil national interprofessionnel de la pêche artisanale du Sénégal (CONIPAS), à Nouakchott. Un représentant du ministère mauritanien chargé de la pêche et de l’infrastructure maritime a ouvert les travaux. Une délégation de la CAOPA a conduit les échanges, aux côtés d’un représentant des radios communautaires du Sénégal.

Un jour plus tôt, à Saint-Louis, la CAOPA et le CONIPAS avaient déjà rencontré les pêcheurs sénégalais pour préparer cette réunion. Mme Fama Sarr, secrétaire général du conseil local de la pêche (CLPA) de Saint-Louis signale : « sur les 5 580 pirogues que compte la ville, seules 500 licences de pêche vers les eaux mauritaniennes sont disponibles, au bénéfice de 250 embarcations ». Elle a demandé un accompagnement pour augmenter ce nombre de licences au bénéfice des pêcheurs sénégalais en Mauritanie.
Un accord vieux de 25 ans, un partenariat professionnel plus jeune
L’accord de pêche entre la Mauritanie et le Sénégal remonte à 2001. Le partenariat entre la FNP et le CONIPAS, lui, a été signé en 2008. Selon le procès-verbal de la rencontre, ce partenariat a connu un ralentissement à partir de 2011, alors que l’accord entre les deux États continuait, lui, d’être appliqué.
Le président de la FNP, Sid Ahmed Abeid, a ouvert la séance en saluant la durée de cette coopération.
« C’est pour moi un grand honneur d’accueillir, à cette journée de vendredi sacré, nos hôtes et les représentants du ministère de pêche et infrastructures maritimes portuaires, qui nous ont toujours accompagnés depuis la mise en place de l’accord de pêche mauritanie-sénégal depuis 2001 à nos jours », a-t-il déclaré.
Il a présenté ce partenariat comme un modèle de coopération : « C’est un projet de coopération réussie et avantagée aux deux parties par sa contribution à l’amélioration de la sécurité alimentaire de nos populations et contribuant à la lutte contre le chômage et autres transferts de connaissances. »

Abeid a aussi rappelé les obligations qui vont avec cet accord : « Il reste entendu, il faut toujours améliorer et respecter le protocole par nos adhérents pêcheurs et prouver à nos autorités que les professionnels de la pêche artisanale respectent le contenu de ce protocole et améliorent la préservation de la ressource en appliquant la réglementation en vigueur. »
Le représentant du ministère mauritanien a situé l’enjeu de la rencontre : « La pêche artisanale joue un rôle essentiel dans nos deux pays, notamment en matière de sécurité, d’emploi et de revenus. Elle fait cependant face à de nombreux défis, qui nécessitent une concertation permanente et une coopération renforcée entre les acteurs. » Il a ajouté : « Nous souhaitons que les travaux des deux jours permettent notamment de mieux comprendre les dispositions du protocole, d’identifier les difficultés rencontrées par les professionnels et de définir une contribution concrète à la mise en œuvre de ce protocole. »
Une pause de plusieurs années, un besoin de solutions communes
Le secrétaire général du CONIPAS, Babacar Sarr, a retracé l’histoire de son organisation, créée en 2003 pour réunir pêcheurs, mareyeurs et femmes transformatrices du Sénégal.
« Notre premier partenaire, c’est l’État du Sénégal. Nous travaillons actuellement avec le ministère des pêches concernant plusieurs aspects », a-t-il expliqué, citant le conseil consultatif de la pêche maritime et la relecture en cours du code de la pêche maritime sénégalais.

Sur le partenariat avec la FNP, il a été direct : « Depuis 2008, malgré la signature de ce protocole, il y a eu une certaine période de négligence. » Il a expliqué la démarche qui a suivi : « C‘est pourquoi après avoir bien réfléchi avec le président de la CAOPA, nous avons vraiment voulu véritablement revenir sur ça, essayer de redynamiser ce protocole pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions surtout concernant les pêcheurs de Saint-Louis et qui pêchent souvent dans les eaux mauritaniennes. »
Pour M. Sarr, l’enjeu dépasse les deux pays : « Nous, acteurs de la pêche artisanale, il nous faut conjuguer nos efforts, de la Mauritanie jusqu’en Guinée-Bissau, pour pouvoir discuter ensemble et trouver des solutions. C’est nous d’abord qui devons entraîner nos États, faire des plaidoyers, des recommandations, pour pouvoir amener nos États à prendre conscience véritablement sur la gouvernance du secteur. »
Une coopération régionale portée par la CAOPA
Le président de la CAOPA, Gaoussou Gueye, a rappelé le poids de son organisation, qui regroupe 29 pays africains, dont la Mauritanie et le Sénégal. Il a resitué cette rencontre dans un mouvement plus large, engagé en septembre 2025 à Saly avec des professionnels de Mauritanie, de Guinée-Bissau, de Gambie, de Sierra-Léone, de Guinée, du Cabo-Verde, du Maroc et du Sénégal, qui avaient demandé un accompagnement pour renforcer les commissions mixtes entre organisations professionnelles.
« Nos deux pays partagent les mêmes ressources, les mêmes besoins, et surtout une même communauté de professionnels qui vivent de la mer, et il est donc essentiel de renforcer notre dialogue, notre solidarité et notre capacité à défendre nos communautés », a-t-il déclaré.

Il a fixé trois priorités : « Donc nous devons donner un nouvel élan à notre coopération autour de trois points. La gestion des ressources, l’amélioration des conditions de travail des pêcheurs et le renforcement de nos organisations professionnelles. »
Gueye a rattaché cette démarche aux engagements pris par les chefs d’État africains : « Les chefs d’État se sont engagés en 2025 à Kampala pour la gestion des ressources partagées, et surtout une bonne contribution de la pêche dans le cadre de la sécurité alimentaire. »
Il a conclu sur l’objectif recherché : « Notre collaboration doit être concrète, régulière, et tourner vers des résultats au bénéfice des pêcheurs mauritaniens et sénégalais, et même de la sous-région au niveau du continent. »
Une recommandation pour la suite
À l’issue des deux jours, la FNP a formulé une recommandation. Elle demande au CONIPAS de travailler à l’amélioration de ses relations avec les acteurs de la senne tournante à Saint-Louis, qui avaient développé un lien direct avec la FNP pendant la période de ralentissement du partenariat officiel.
Ce rapprochement doit permettre une meilleure coopération entre les professionnels des deux pays et contribuer à l’objectif commun de sécurité alimentaire.
Mamadou Aliou DIALLO


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