Accords d’accès à la pêche : à Rome, la CAOPA pose six conditions pour un partenariat équitable
Rome, 8 septembre 2026 – En marge de la 37e session du Comité des pêches de la FAO (COFI 37), la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) a organisé, le 8 septembre, un dialogue informel sur les accords d’accès aux pêcheries. Gouvernements, organisations régionales, organisations de pêche artisanale, partenaires de développement et chercheurs se sont retrouvés au Ristorante Rosso, face au siège de la FAO, pour répondre à la question : comment transformer ces accords en partenariats qui profitent vraiment aux États côtiers et à leurs communautés de pêcheurs.
Des accords commerciaux avant tout
Le docteur Ndiaga Gueye, ancien fonctionnaire de la FAO et appui technique de la CAOPA, a, dans son intervention, réfusé les “faux-semblants”.
« Les accords d’accès sont à 99 % des accords commerciaux », a-t-il déclaré. Pour lui, qu’il s’agisse d’un accord entre le Sénégal et la Mauritanie ou entre le Sénégal et l’Union européenne, la question de fond reste la même : fixer les conditions dans lesquelles des armateurs industriels ou des pêcheurs artisanaux accèdent aux ressources d’un pays.
Deux niveaux d’accès, l’exemple de Madagascar
Simon Raharimandimby, directeur des Pêches et de l’Aquaculture de Madagascar, a détaillé comment son pays organise l’accès à ses eaux.
« Pour l’accès à la pêche, il y a deux types de niveaux. Premièrement, il faudrait qu’il y ait un protocole de pêche. Et, au deuxième niveau, c’est l’acquisition de licences de pêche », a-t-il expliqué. Il a aussi indiqué qu’une réforme engagée en 2021 avait changé la donne sur les débarquements des captures industrielles à Madagascar.
La connaissance scientifique d’abord
Taoufik El Kitri, secrétaire exécutif de la Conférence Ministérielle sur la Coopération Halieutique entre les Etats Africains Riverains de l’Océan Atlantique (COMHAFAT), organisation qui regroupe 22 États côtiers du Maroc à la Namibie, a insisté sur un préalable, souvent oublié.
« La première des conditions, à notre sens, c’est la connaissance scientifique. C’est de savoir ce qu’on a dans nos eaux », a-t-il déclaré. Il a cité l’exemple d’une campagne d’évaluation des stocks menée par le Maroc, le Bénin et le Libéria, avec un navire de recherche océanographique marocain, pour illustrer ce que peut apporter une coopération scientifique entre pays africains. Reprenant les mots d’un autre intervenant, il a résumé l’enjeu en une phrase : « Les droits sont nationaux et les poissons sont internationaux. Ils sont partout. »
Sept objectifs pour l’Union européenne
Fernando Andresen Guimarães, de la direction générale des Affaires maritimes et de la pêche de la Commission européenne (DG MARE), a présenté la nouvelle génération d’accords de partenariat que l’UE veut construire.
« Pour nous, la durabilité, la sécurité alimentaire et le développement économique sont au cœur des accords de partenariat », a-t-il déclaré. Il a détaillé sept objectifs pour ces futurs accords : plus de cohérence avec les priorités partagées avec les partenaires, une meilleure prise en compte de la dimension régionale des stocks partagés, des engagements mutuels clairs sur la durabilité et les droits humains, un renforcement du contrôle scientifique, l’équité de traitement entre toutes les flottes, une meilleure écoute des parties prenantes, et un appui sectoriel plus efficace, y compris pour la pêche artisanale et les femmes de la filière.
La gouvernance, une question de personnes
Bernice McLean, responsable senior des pêches à l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD), a rappelé le principe qui doit guider toute négociation.
« La gouvernance des pêches, c’est avant tout une question de personnes, pas seulement de poissons », a-t-elle déclaré. Elle a proposé trois tests pour juger un accord d’accès : un test écologique, fondé sur la science et des limites durables ; un test des droits, qui vérifie si les communautés de pêche artisanale, les femmes et les usagers coutumiers sont protégés et réellement associés ; et un test de développement, qui mesure si les bénéfices sont transparents, mesurables et retenus dans les économies africaines.
La CAOPA propose six conditions
Raïssa Madou Lékka Nadège, transformatrice de poisson à Abidjan et membre de la cellule jeunesse de la CAOPA, a porté la voix de l’organisation devant l’assistance. Elle a d’abord posé le cadre du débat.
« Notre responsabilité à tous est d’apprendre des expériences passées et de construire ensemble des règles plus claires et plus justes », a-t-elle déclaré. « Un intérêt commun doit nous réunir : des ressources en bon état, dont les bénéfices soutiennent durablement le développement des pays côtiers et de leurs populations, en particulier les communautés qui dépendent de la pêche pour vivre. »
Elle a rappelé ce que recouvrent, en pratique, les accords d’accès. « Les accords d’accès, et j’entends par là autant les accords entre gouvernements que les accords avec des entreprises privées, les sociétés mixtes, les repavillonnements, sont des décisions qui déterminent qui peut pêcher, où, comment, en quelle quantité et au bénéfice de qui », a-t-elle expliqué.
Au nom de la CAOPA, six conditions doivent faire de ces accords des instruments de développement. La première vise la précaution: mesurer rigoureusement l’état des ressources et la capacité de pêche en place avant tout nouvel accord, en privilégiant les pêcheries nationales. La deuxième porte sur la protection des droits et des espaces des communautés, notamment les zones de pêche artisanale et les sites de débarquement. La troisième insiste sur la transparence des accords, des licences et des bénéficiaires, ainsi que des captures. La quatrième est une participation effective des organisations de pêche artisanale, y compris celles des femmes, dans la préparation et le suivi des accords. La cinquième fixe dès le départ les bénéfices attendus pour les communautés, au-delà des seules recettes publiques. La sixième repose sur une véritable redevabilité, avec un suivi indépendant et la possibilité de suspendre un accord si les engagements ne sont pas tenus.
« Il est impératif qu’aujourd’hui, des règles communes soient discutées au niveau international et mises en place par les États, quelle que soit la forme juridique ou le pavillon utilisé par ceux qui pêchent à travers ces accords d’accès », a-t-elle insisté.
Elle a terminé sur un appel à la FAO et à ses membres, pour qu’ils élaborent un cadre international applicable à toutes les formes d’accords d’accès, en s’appuyant sur les Directives volontaires sur la pêche artisanale et sur la gouvernance foncière.
« Si nous travaillons dans cet esprit, les accords futurs deviendront de véritables partenariats : durables pour les ressources, bénéfiques pour les pays côtiers et porteurs d’avenir pour les femmes et les hommes de la pêche artisanale », a-t-elle conclu.
Le modérateur de l’évènement, le Dr Hamady DIOP, a relevé quatre points de convergence : l’accès aux ressources halieutiques doit respecter la science, les limites écologiques et la capacité réelle des flottes ; tous les modèles d’accès doivent garantir la transparence et la responsabilité, notamment sur les accords, les bénéficiaires et le contrôle effectif ; les arrangements doivent protéger les communautés de pêche artisanale et produire des bénéfices mesurables en matière de sécurité alimentaire, d’emplois, de transformation locale, de participation des femmes et de gouvernance ; enfin, la coopération régionale doit être renforcée grâce au partage des données, à des principes communs, à de meilleures capacités de négociation et à une coordination institutionnelle accrue.
Mamadou Aliou DIALLO, de retour de Rome


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