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COFI 37 : ce que les décisions de Rome changent pour la pêche artisanale africaine

Le Comité des pêches de la FAO (COFI) a tenu sa 37e session à Rome du 7 au 11 septembre 2026. 107 États membres, des organisations régionales et 43 ONG y ont examiné l’état des ressources, la pêche illicite, le climat et l’accès aux marchés. La confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) y a participé comme observatrice et produit huit déclarations. Voici ce qui s’est décidé – et ce que cela change pour les communautés de pêche.

Qu’est-ce que le COFI, et qui décide à Rome ?

Le Comité des pêches – COFI, selon son acronyme anglais – a été créé par la Conférence de la FAO en 1965. C’est le seul forum mondial où les États examinent ensemble les questions de pêche et d’aquaculture. Il ne vote pas de lois. Il adopte des recommandations et des orientations que les États sont ensuite invités à appliquer chez eux.COFI37-CAOPA

Sa 37e session s’est tenue à Rome du 7 au 11 septembre 2026, en format hybride, au siège de la FAO. Le rapport de la session recense 107 membres présents, des observateurs de 18 autres membres de la FAO et du Saint-Siège, des représentants de l’ONU et de 4 institutions spécialisées, 37 organisations intergouvernementales et 43 organisations non gouvernementales internationales. Sept ministres et cinq vice-ministres ont pris la parole. Le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a ouvert la session.

Les États ont d’abord adopté l’ordre du jour. Puis ils ont examiné les rapports préparés par la FAO et par ses trois sous-comités, sur l’aquaculture, le commerce du poisson et la gestion des pêches.

La session a marqué deux anniversaires : les 60 ans du Comité et les 10 ans de l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port, qui permet à un pays d’inspecter les navires étrangers qui demandent à accoster dans ses ports.

Comment se passe une session ? Les États s’expriment un à un à la tribune. Les organisations observatrices suivent toutes les discussions et s’expriment dans les espaces prévus pour elles. Le secrétariat de la FAO prépare les documents. Les États négocient les conclusions, paragraphe par paragraphe. Le texte final consigne ce que le Comité a noté, souligné, recommandé ou demandé. Ces conclusions orientent ensuite le travail de la FAO et, dans les pays, les politiques de pêche.

À Rome, les États examinent l’état des pêches mondiales

Premier dossier de la session : le rapport SOFIA 2026, l’évaluation biennale de la FAO sur l’état des pêches et de l’aquaculture. Le rapport relève un symbole : pour la première fois, la production mondiale d’animaux aquatiques issus de l’aquaculture a dépassé 100 millions de tonnes. Il relève aussi un signal d’alarme : la part des stocks marins exploités à des niveaux biologiquement viables est tombée à 62,4 %.

Derrière ces chiffres, une réalité pour les communautés côtières africaines. Quand un stock décline, les captures quotidiennes baissent. Puis les revenus. Puis les repas.

La pêche artisanale entre au cœur des discussions

Le Comité a souligné « la contribution vitale de la pêche artisanale à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, aux moyens de subsistance et au bien-être socioéconomique des communautés côtières ». Il a estimé important que ces communautés « puissent participer pleinement et aient un meilleur accès aux ressources halieutiques ».

Le Comité a réaffirmé la pertinence des Directives volontaires visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale, adoptées en 2014. Il a souligné l’importance de renforcer « la gouvernance et la gestion participatives et intégrées ». Et il a jugé que les « connaissances locales, traditionnelles et autochtones » sont « cruciales » pour préserver les ressources dont dépendent les pêcheurs à petite échelle.

Il a aussi réaffirmé que le Sommet biennal de la pêche artisanale, tenu juste avant le COFI, constitue « une plateforme mondiale importante pour les acteurs de la pêche artisanale », et recommandé de continuer à l’organiser avant les sessions du Comité.

La pêche INN : suivre les navires ne suffit pas

La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) désigne les activités qui contournent les lois : pêche sans licence, captures sous-déclarées, navires sans État du pavillon effectif… Elle vide les eaux dont vivent les pêcheurs artisans.

Le Comité a appelé à renforcer le suivi, le contrôle et la surveillance contre la pêche INN, tout en convenant qu’il fallait « tenir compte du contexte et des difficultés spécifiques auxquelles sont confrontés les petits pêcheurs lorsqu’il s’agit de prévenir et de combattre la pêche INDNR ». Il a recommandé des activités de surveillance « adaptées au contexte de la pêche artisanale et de la pêche côtière qui intègrent les connaissances locales, la gestion communautaire ».

Sur la transparence, le Comité a reconnu le rôle du Fichier mondial des navires de la FAO, notamment pour publier « la propriété, lorsque cela est possible et conformément au droit national », ainsi que les informations sur les licences. Dans sa déclaration, la CAOPA a plaidé pour que la transparence sur les bénéficiaires effectifs – les vrais propriétaires des navires – progresse au-delà des seules données nationales.

Le climat frappe déjà les communautés côtières

Le Comité a noté « les effets croissants du changement climatique et des phénomènes extrêmes sur les systèmes alimentaires aquatiques » et demandé à la FAO d’aider les États à mettre en œuvre des mesures d’adaptation, « en accordant une attention particulière à la pêche artisanale ».

Il a encouragé les États à intégrer les pêches dans leurs politiques climatiques nationales : contributions déterminées au niveau national, plans nationaux d’adaptation, stratégies de réduction des risques de catastrophe. Il a aussi encouragé la FAO à étudier une base de données sur l’adaptation, pour partager les solutions entre régions au climat similaire.

Dans sa déclaration, la CAOPA a porté la question de la résilience des communautés côtières – celles qui voient les côtes reculer et les saisons se dérégler.

Les petits pélagiques au cœur de la sécurité alimentaire ouest-africaine

Sardinelles, bongas, maquereaux : les petits pélagiques sont la base de l’alimentation et des revenus dans les communautés côtières d’Afrique de l’Ouest. Ce sont aussi les espèces que vivent les femmes transformatrices : fumage, séchage, commercialisation.

Dans sa déclaration, la CAOPA a souligné les pressions sur ces stocks : pêche industrielle, production de farine et d’huile de poisson, changement climatique. Elle a appelé à une coopération régionale renforcée, car ces poissons migrent d’un pays à l’autre.

Le rapport du COFI ne détaille pas de mesures propres aux petits pélagiques. La position de la CAOPA reste une demande. Pas une décision du Comité.Délégués pêche artisanale

Huit déclarations pour porter la voix des communautés

La CAOPA a participé au COFI 37 comme organisation observatrice. Un observateur ne vote pas. Il suit les discussions, écoute les positions des États, analyse les textes en négociation et s’exprime dans les espaces prévus.

La Confédération a produit huit déclarations : le rapport SOFIA et la situation mondiale des pêches ; le commerce du poisson ; la gestion des pêches et les accords d’accès ; la pêche INN ; les accords internationaux, l’OMC et le BBNJ ; le changement climatique ; la pêche artisanale et la jeunesse ; le programme de travail de la FAO et les petits pélagiques.

Sur le commerce, le Comité a demandé à la FAO de poursuivre ses travaux pour améliorer l’accès aux marchés des acteurs de la pêche artisanale. Sur le programme de travail, le Comité a adopté son programme pluriannuel 2026-2029 et soutenu la feuille de route de la FAO sur la transformation bleue, en demandant une attention aux besoins des pays en développement.

Pourquoi un pêcheur de Saint-Louis devrait-il s’intéresser au COFI ?

Parce que les conclusions de Rome redescendent. Une recommandation sur l’accès aux ressources devient, dans le meilleur des cas, une loi nationale. Une mention du suivi, du contrôle et de la surveillance finance des patrouilles. Une reconnaissance des connaissances locales ouvre une place aux communautés dans la gestion des stocks. Rien n’est automatique. Tout se joue ensuite dans les capitales.

Pour les organisations de pêche artisanale, être présentes au COFI, c’est faire en sorte que ces décisions se prennent en sachant qui en vivra. Le Comité lui-même a écrit que les communautés doivent « participer pleinement ».

La prochaine session du COFI se tiendra à Rome au troisième trimestre 2028.

Mamadou Aliou DIALLO, de retour de Rome.

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