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À Ziguinchor, les pêcheurs préparent l’avenir des pêcheries ouest-africaines

Ziguinchor (Sénégal) – Pendant que les stocks de petits pélagiques déclinent et que les accords de pêche continuent d’être négociés entre États, les professionnels de la pêche artisanale veulent désormais être pleinement associés aux décisions qui déterminent leur avenir.

Gaoussou GUEYE Président CAOPA Ziguinchor
Gaoussou GUEYE Président CAOPA, Ziguinchor

C’est le sens de la rencontre organisée ce samedi 11 juillet 2026 à Ziguinchor par la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) sur appui financier de Fauna & Flora, première étape d’un processus destiné à créer des commissions mixtes entre les organisations professionnelles du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée-Bissau et de la Mauritanie.

L’objectif dépasse la création d’un nouveau cadre de concertation. Il s’agit de construire une gouvernance sous-régionale capable de répondre à une réalité que la nature impose depuis toujours : les poissons ne connaissent pas les frontières.

Les petits pélagiques, notamment les sardinelles, migrent continuellement entre les eaux de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Ils alimentent les marchés régionaux, assurent la sécurité alimentaire de millions de personnes et font vivre des milliers de pêcheurs, de mareyeurs et de transformatrices. Pourtant, leur gestion demeure encore organisée selon des logiques nationales.

Pour Gaoussou Gueye, président de la CAOPA, cette contradiction est devenue l’un des principaux obstacles à une gestion durable des ressources.

« Les organisations professionnelles doivent être davantage associées à la mise en œuvre des protocoles de pêche conclus entre les États, afin que les pêcheurs maîtrisent leurs droits, leurs obligations et le contenu des accords qui encadrent leurs activités », a-t-il déclaré.

Selon lui, la surexploitation actuelle des ressources halieutiques est aggravée par des pratiques “peu responsables” mais aussi par une “gouvernance qui laisse encore trop peu de place aux acteurs directement concernés”.

L’ambition portée par la CAOPA consiste à combler ce déficit en créant des commissions mixtes permanentes entre organisations professionnelles des pays voisins.

Ces cadres permettront aux pêcheurs d’échanger directement sur les difficultés rencontrées, de suivre l’application des protocoles de pêche, de prévenir les conflits et de proposer ensemble des solutions aux administrations.

Avant les rencontres prévues à Banjul puis à Bissau dans les prochains jours, la réunion de Ziguinchor avait pour mission de “recueillir les préoccupations” des professionnels sénégalais afin qu’elles soient portées dans les discussions sous-régionales.

Cette démarche a reçu le soutien des autorités administratives présentes.

Abdoulaye Diedhiou, Service régional des pêches

Le chef du Service régional des pêches de Ziguinchor, Abdoulaye Diédhiou, considère cette initiative comme une évolution importante dans la gouvernance des pêcheries.

« Cette initiative est très pertinente », a-t-il affirmé.

Pour lui, les tensions observées dans les zones frontalières ne proviennent pas principalement des relations entre pêcheurs.

« Les difficultés concernent plus souvent les relations entre les pêcheurs sénégalais et les services de contrôle des pays voisins que les pêcheurs eux-mêmes. Une meilleure connaissance des réglementations nationales, notamment en Guinée-Bissau, devrait contribuer à réduire les infractions et à prévenir les incidents. »

L’un des objectifs des futures commissions mixtes sera précisément d’améliorer cette compréhension mutuelle et de faciliter le dialogue avant que les différends ne dégénèrent.

Le responsable régional a également rappelé que les indicateurs de production doivent être interprétés avec prudence.

Les débarquements dans la région sont passés d’environ 70 000 tonnes à 84 000 tonnes.

Mais cette progression ne signifie pas nécessairement que les ressources se reconstituent.

« L’augmentation de l’effort de pêche peut masquer une situation de surexploitation lorsque les captures par unité de pirogue stagnent », a-t-il expliqué.

ConcertationAutrement dit, produire davantage ne signifie pas forcément que la mer produit davantage. Il est parfois nécessaire de mobiliser davantage de pirogues, davantage de carburant et davantage de temps pour capturer une quantité identique de poissons.

Cette réalité renforce l’urgence d’une gestion concertée des stocks partagés.

Sur le terrain, les professionnels estiment que cette coopération régionale arrive à un moment décisif.

Le vice-coordinateur du Conseil local de pêche artisanale (CLPA) de Ziguinchor, Nfaly Barro, considère même que cette initiative aurait dû voir le jour depuis plusieurs années.

« Cette rencontre aurait dû être organisée depuis longtemps », a-t-il déclaré.

Selon lui, les pêcheurs des différents pays sont confrontés aux mêmes difficultés.

Il cite notamment la taille des pirogues, les captures accidentelles de requins, le balisage des aires marines protégées ainsi que les contraintes administratives rencontrées lors des activités transfrontalières.

Pour ces questions, aucune réponse strictement nationale ne peut suffire.

« Nous espérons que ce futur cadre de concertation permettra aux professionnels de résoudre durablement une grande partie de ces préoccupations », a ajouté Nfaly Barro.

Nfaly Barro

Au-delà des aspects techniques, la réunion de Ziguinchor marque une évolution plus profonde de la gouvernance des pêches artisanales en Afrique de l’Ouest.

Pendant longtemps, les professionnels étaient “principalement” consultés après la signature des accords entre États.

La CAOPA défend aujourd’hui une autre approche : faire des organisations professionnelles des partenaires permanents de la décision publique.

Cette vision repose sur une évidence: les pêcheurs sont les premiers témoins de l’évolution des ressources.

Ils observent quotidiennement les déplacements des espèces, les changements dans les captures, les difficultés d’application des réglementations et les réalités économiques des communautés côtières.

Leur expérience constitue une connaissance indispensable pour élaborer des politiques réellement applicables.

Les commissions mixtes ambitionnent de transformer cette expertise de terrain en outil permanent de gouvernance.

À terme, la CAOPA souhaite bâtir un véritable réseau sous-régional de coopération entre organisations professionnelles capable d’accompagner les États dans la gestion des stocks partagés, de renforcer la prévention des conflits et de porter une voix commune dans les grandes négociations internationales sur les pêches.

Mamadou Aliou DIALLO, depuis Ziguinchor

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