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Le poisson a aussi besoin de la presse

Un pêcheur dit que le poisson est cher à cause des bateaux étrangers. Un journaliste répète la phrase sans la vérifier. Le public retient l’explication la plus simple, pas la plus juste. À Saly, plusieurs intervenants ont porté le même message aux journalistes et animateurs présents : la sardinelle ne survivra pas sans une information vérifiée.

Du 28 au 30 août 2026, l’atelier organisé par la confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA), à Saly, a réuni des journalistes et animateurs de radio du Sénégal, de la Gambie, de la Mauritanie et de la Guinée-Bissau. Au fil des interventions, un même appel est revenu : “sans presse formée, la gestion durable de la sardinelle restera incomplète”.

Une information fiable, un outil de gouvernance

Cheikh FALL DPM Sénégal 2026

Chekh Fall, directeur des pêches maritimes du Sénégal, l’a formulé sans détour dans son discours d’ouverture. “La gestion durable des pêches passe par une information juste, accessible et responsable”. Il a rappelé que les administrations ont elles-mêmes une part de responsabilité : “améliorer l’accès à l’information, renforcer la transparence, expliquer davantage les décisions prises”. “Une information fiable”, a-t-il dit, “est un instrument de bonne gouvernance à part entière, pas un simple relais de communication”.

Faire circuler l’information entre les pays

Gaoussou Gueye, président de la CAOPA, a confié aux journalistes un rôle précis dans son discours d’ouverture : “rendre les sujets clairs, vérifier les faits, donner la parole aux communautés, et faire circuler l’information entre le Sénégal, la Gambie, la Mauritanie et la Guinée-Bissau”. Il a établi une répartition des tâches :” les commissions mixtes repèrent les tendances régionales, les journalistes enquêtent et alertent, les organisations transforment cette information en propositions et en plaidoyer”.

Sortir de la réponse toute faite

 

Dr Ndiaga GUEYE Saly 2026

Le Dr Ndiaga Gueye, facilitateur de l’atelier, a insisté sur un défaut fréquent du traitement médiatique de la pêche. “Demandez à un pêcheur pourquoi le poisson est cher, il répondra presque toujours la même chose : les bateaux étrangers, ou l’absence de soutien de l’État. Une réponse facile, qui n’éclaire rien sur les intermédiaires, le marché ou les usines de transformation”. Il a invité les journalistes et communicateurs présents à enquêter sur les chaînons invisibles de la filière, notamment “les intermédiaires qui fixent les prix sans jamais apparaître dans les reportages”.

Une méthode pour vulgariser sans déformer

Le module présenté par Mamadou Aliou Diallo, chargé de communication de la CAOPA, a fourni aux participants une méthode concrète. La progression proposée : “s’informer, cerner le sujet, vérifier, expliquer, sensibiliser”. Une règle guide chaque étape, dit-il. “Simplifier le langage sans simplifier les faits”. M.Diallo rappelle qu’un chiffre sans date, sans zone et sans source, déforme une donnée scientifique autant qu’une fausse information. Il propose une conversion en quatre temps pour transformer une donnée technique en message accessible : “la donnée, son sens, sa conséquence, puis le message. Exemple retenu à l’atelier : « biomasse en baisse » devient, étape par étape, « le yaboye devient rare, protégeons-le ».

Une formation encore incomplète

Les échanges de l’atelier ont fait remonter un besoin spécifique en Guinée-Bissau : une formation renforcée sur les instruments juridiques et les accords internationaux, sur les impacts environnementaux comme le chalutage de fond et la pêche illégale, sur les perspectives des femmes et des jeunes dans la pêche artisanale, et sur les méthodes fondées sur les données. Les participants ont demandé à la CAOPA de soutenir des programmes de formation dédiés aux journalistes et animateurs, pour aligner les récits entre pays et permettre aux professionnels des medias de jouer un rôle de vigie sur la gestion durable des pêches.

Une recommandation pour l’après-atelier

Parmi les recommandations formulées, une vise directement la profession : “structurer un réseau sous-régional de journalistes et communicateurs spécialisés sur la pêche”. Le discours de clôture, lu par Dawda Foday Saine au nom de la CAOPA, a rattaché cette recommandation à un objectif plus large : “renforcer la transparence sur les accords de pêche, les protocoles et les licences, des sujets que le grand public confond souvent, faute d’explication claire”.

Le message qui ressort de ces trois jours tient en une phrase, portée par Aliou Diallo : “un bon journaliste ne transmet pas seulement une information, il aide son public à cerner ce qui se passe. Pour la sardinelle, cette différence peut peser autant qu’une mesure de gestion”.

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