Details article

Admin362667 Views

Subventions à la pêche : l’accord de l’OMC menace-t-il la pêche artisanale?

DAKAR, 18 août 2026 – La Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) a réuni le mardi des responsables de la pêche, des chercheurs et des représentants de bailleurs autour de l’accord de l’organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions à la pêche. Le message est net. Ce texte peut protéger les pêcheurs artisans africains. Une échéance approche, et rien n’est encore acquis.

L’accord, connu sous le nom de Fish One, est entré en vigueur en septembre 2025. C’est le premier accord environnemental jamais adopté à l’Organisation mondiale du commerce. Plus de 26 pays africains l’ont déjà ratifié. Il interdit les subventions à la pêche illicite et les subventions sur des stocks déjà surexploités.

Une deuxième phase de négociation reste ouverte, appelée Fish Two. Elle doit discipliner les subventions qui alimentent la surpêche industrielle, et fixer le traitement spécial accordé à la pêche artisanale. Une clause fixe la limite. Si les États ne concluent pas Fish Two avant le 15 septembre 2029, Fish One prend fin dans son ensemble, y compris les règles déjà en vigueur aujourd’hui.

Le risque, c’est une double injustice écologique et sociale“, a résumé Gaoussou Gueye, président de la CAOPA, en ouverture des débats. Selon lui, l’accord ne distingue pas encore clairement la “pêche artisanale de la pêche industrielle“. Si les règles s’appliquent sans discernement, les pêcheurs artisans perdront des soutiens publics essentiels, pendant que la pêche industrielle continuera de bénéficier de subventions massives.

Le cœur du webinaire portait sur une étude menée auprès de 37 organisations professionnelles africaines, présentée par le Dr Hamady Diop, du cabinet DNS Consulting. “L’accord de l’OMC est une opportunité pour la pêche artisanale africaine, mais c’est une opportunité qu’il faudra sécuriser et non présumer“, a-t-il déclaré.

Cette étude documente un problème concret. Le carburant représente entre 30% et 70% des charges d’exploitation de la pêche artisanale selon les pays. Une large majorité des organisations interrogées ne reçoit aucun soutien public régulier sur ce poste. Presque toutes signalent des incursions répétées de navires industriels dans leurs zones de pêche, du Maroc jusqu’en Afrique du Sud.

Le Dr Diop a pointé une faille dans les règles actuelles. “Une subvention de carburant au niveau de la pêche artisanale peut être considérée comme une subvention, alors qu’une subvention qui bénéficie à la pêche industrielle, sur la base de la définition actuelle des mesures de l’OMC, n’est pas considérée comme spécifique et échappe aux règles“, a-t-il expliqué. Une exonération de taxe ouverte à tous les navires profite surtout aux gros bateaux.

Le directeur des Pêches maritimes du Sénégal, Cheikh Fall, a défendu une distinction simple entre deux types de subventions. “Il faut vraiment distinguer les subventions dommageables, qui encouragent la pêche illicite, la surcapacité ou la surexploitation, des soutiens utiles au développement durable de la pêche artisanale : sécurité en mer, sélectivité des engins, surveillance, formation, recherche scientifique, conservation des produits, adaptation climatique”, a-t-il déclaré.

Christian Adams, d’une organisation professionnelle sud-africaine, a décrit un marché verrouillé par un petit nombre d’acheteurs. “Nous restons preneurs de prix et nous avons très peu de pouvoir sur les prix de nos produits, qu’il s’agisse de langouste ou de poisson“, a-t-il dit. Il a aussi dénoncé un système de surveillance concentré sur la pêche artisanale.

Un fonds aide les pays à mettre l’accord en œuvre. Il a mobilisé environ 20 millions de dollars auprès de 18 contributeurs, répartis en deux vagues d’appels à projets. Un troisième appel est prévu au premier trimestre 2027. Mais seuls trois pays africains, la Gambie, la Sierra Leone et les Seychelles, siègent au comité qui décide de son attribution. La CAOPA demande que davantage de pays africains y soient représentés.

L’étude a aussi montré que l’Afrique ne parle pas d’une seule voix sur le terrain. Le Dr Diop a insisté sur ce point. “On a tendance, dans ces grandes conventions, à dire qu’on a une position commune africaine, one size fits all. Mais on s’est rendu compte qu’il y a différentes régions qui ont différentes priorités“, a-t-il noté.

Les femmes occupent une place centrale dans cette filière, sans figurer clairement dans les textes actuels. “Les femmes jouent un rôle essentiel dans les pertes post-récolte. Au niveau des mesures différentielles à protéger, il faut que les femmes soient mentionnées de façon très claire“, a demandé le Dr Diop. La CAOPA demande désormais que les femmes transformatrices soient nommées dans le texte de l’accord, pas seulement évoquées dans les discussions qui l’entourent.

La confédération demande aussi que chaque pays africain forme, avant chaque cycle de négociation, une délégation réunissant les ministères des Pêches, du Commerce et de l’Environnement, aux côtés des organisations professionnelles. Aujourd’hui, ce sont souvent les seuls négociateurs du Commerce qui portent la voix des pays africains à l’OMC.

Mamadou Aliou DIALLO

Comments are closed