Alignement de la gouvernance des océans et la politique de la pêche : ce que la loi sur l’Océan doit apporter
L’Union européenne prépare un nouveau cadre législatif pour la gouvernance des océans : la loi sur l’Océan annoncée dans le cadre du Pacte européen pour l’Océan.
À l’heure où les écosystèmes marins subissent des pressions croissantes dues à la surexploitation, à la pollution et au changement climatique, et où la concurrence pour l’espace océanique s’intensifie, les choix faits aujourd’hui détermineront la manière dont l’Europe gérera les activités océaniques dans les décennies à venir.
L’Union européenne (UE) est un acteur majeur dans le domaine de la gouvernance mondiale des océans. Les flottes de pêche originaires de l’UE opèrent bien au-delà de ses eaux, ses politiques influencent la gouvernance internationale des océans et ses investissements façonnent le développement côtier dans de nombreuses régions du monde. Grâce à ses politiques et à ses partenariats extérieurs, l’UE façonne également ce qui est de plus en plus décrit comme sa « diplomatie océanique ». Les décisions prises à Bruxelles ont un impact non seulement sur les mers européennes, mais aussi sur les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire de millions de personnes vivant dans des communautés côtières ailleurs dans le monde, notamment en Afrique.
Pourtant, à l’heure actuelle, les politiques de l’UE qui régissent l’utilisation des océans restent fragmentées. La gestion des pêches, l’aménagement de l’espace maritime, le développement de l’énergie offshore, la conservation de la biodiversité et la coopération au développement sont souvent traités dans des domaines politiques distincts.
Nous considérons que la loi pour l’Océan pourrait offrir une occasion unique d’améliorer la cohérence entre ces politiques et de garantir que la gestion des pêches, la conservation de la biodiversité et les activités économiques liées à l’océan contribuent à la santé des écosystèmes marins, à la durabilité des systèmes alimentaires et à la prospérité des communautés côtières, tant en Europe que dans les pays partenaires.
1. La pêche artisanale : pilier des moyens de subsistance côtiers
En Europe et dans le monde, la pêche artisanale fournit des emplois à des millions d’hommes et de femmes et offre des aliments nutritifs essentiels. Elle soutient les économies côtières, préserve les traditions culturelles tout en ayant un impact environnemental relativement faible. Pourtant, malgré son importance, le secteur artisanal reste trop souvent négligé dans les débats politiques et les priorités d’investissement public.
La Vision 2040 pour la pêche et l’aquaculture, également annoncée dans le cadre du Pacte pour l’Océan, doit reconnaître clairement la contribution de la pêche artisanale – tant en Europe que dans le monde – à des systèmes alimentaires résilients et durables. Le renforcement de ce secteur passe par le soutien aux chaînes de valeur locales durables dans le domaine de la pêche, la réduction des pertes post-capture et la garantie que les accords commerciaux et de pêche ne compromettent pas la sécurité alimentaire des communautés côtières.

En tant que source de protéines pour des millions de personnes, la pêche artisanale doit être pleinement reconnue dans la future loi pour l’Océan. Cela implique une participation effective des acteurs côtiers aux processus décisionnels, qui affecteront in fine leurs moyens de subsistance, grâce à des mesures concrètes telles que l’accès à l’information, l’assistance technique et le renforcement des capacités. Photo : Une transformatrice de poisson à Sanyang, Gambia, par l’agence Mediaprod.
Les femmes jouent un rôle central dans les chaînes de valeur locales de la pêche. Dans de nombreuses régions, elles représentent la majorité de la main d’œuvre de la transformation et du commerce du poisson, approvisionnant les marchés locaux et régionaux et assurant les revenus des ménages. Leur travail est essentiel à la sécurité alimentaire, mais il reste souvent insuffisamment reconnu dans les cadres réglementaires.
Lors de sa visite à Bruxelles à l’occasion des Journées européennes de l’océan, Raïssa Nadège Leka Madou, transformatrice de poisson de Côte d’Ivoire et représentante de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA), a rappelé aux décideurs politiques que « des milliers de femmes à travers l’Afrique transforment et commercialisent le poisson qui nourrit nos populations. Il est donc essentiel, pour la résilience des systèmes alimentaires côtiers, de reconnaître et de soutenir leur rôle dans le cadre de partenariats entre l’UE et l’Afrique. »
Elle a également souligné l’importance de renforcer les chaînes de valeur de la pêche grâce à la coopération internationale : « Les instruments de l’UE, tels que les accords de partenariat pour une pêche durable et l’appui sectoriel, peuvent renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur de la pêche artisanale en Afrique lorsqu’ils sont utilisés de manière transparente, inclusive et cohérente. »
La mise en place de chaînes de valeur résilientes dans le secteur de la pêche nécessite un accès sûr aux ressources marines, la reconnaissance des droits fonciers sur les zones de pêche et les sites de débarquement, ainsi que des accords de cogestion plus solides permettant aux communautés de pêche artisanale de participer de manière significative à la gestion des ressources.
La reconnaissance et le renforcement du rôle du secteur devraient donc devenir un principe directeur du nouveau cadre de gouvernance des océans de l’UE. Pour y parvenir, les acteurs côtiers doivent être associés de manière significative aux décisions qui affectent leurs moyens de subsistance, et leur participation doit être soutenue par des mesures concrètes telles que l’accès à l’information, l’assistance technique et le renforcement des capacités.
2. Seuls des écosystèmes sains et un accès équitable à l’espace océanique favorisera la prospérité des communautés côtières
Pour être crédible, la loi pour l’Océan doit partir d’un principe simple : la prospérité des communautés de pêche dépend de la santé des écosystèmes marins et d’un accès équitable à l’espace océanique. La durabilité environnementale doit donc rester le fondement de cette loi. Pour y parvenir, il faut mettre en place une gestion des ressources marines fondée sur les écosystèmes, reconstituer les stocks halieutiques épuisés et restaurer les habitats côtiers.


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