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Pourquoi l’Afrique importe-t-elle du poisson alors qu’elle en regorge ?

Dakar, 04 novembre 2026 – Un chiffre a ouvert le débat du  webinaire n°6 “des Mercredis de la pêche” et l’a traversé : 9,1 kilogrammes de produits aquatiques consommés en moyenne par Africain et par an, contre 26,3 kg en Asie. Deuxième repère, tiré du même rapport SOFIA 2026 de la FAO : en 2024, l’humanité a dépassé les 100 millions de tonnes de poissons élevés en aquaculture.

L’Afrique, elle, n’en produit que 2,4 %. Voilà la question posée par la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) à son sixième webinaire : pêche artisanale et aquaculture à petite échelle, deux moteurs pour la sécurité alimentaire – oui, mais à quelles conditions ?

Manuel Barange S-Directeur FAOLa FAO était représentée par son directeur général adjoint, Manuel Barange, qui a livré un constat sans complaisance : la consommation par tête recule sur le continent – 10 kg en 2019, 9,4 kg en 2021, 9,1 kg en 2023, et une projection à 8,7 kg d’ici 2035 – parce que la production ne suit pas la croissance démographique. Depuis 2000, la contribution des pêches à la consommation par tête a reculé d’environ 11 %, celle de l’aquaculture a grimpé d’environ 330 %. Et l’Afrique reste importatrice nette de produits aquatiques, ce que l’intéressé n’a pas hésité à qualifier de « tragédie » pour un continent aussi riche en eau.

« L’aquaculture ne remplacera pas, à mon sens, la pêche à petite échelle. Elles sont toutes deux vitales aux systèmes alimentaires aquatiques durables », a-t-il affirmé, plaçant les deux filières sur un pied d’égalité dans la Feuille de route pour la Transformation bleue.

Le RAFAQUA, réseau africain des institutions de promotion de l’aquaculture, était représenté par son vice-président, Ibrahim Bako. Son diagnostic nigérian a donné la mesure du décalage : une demande de 3,6 millions de tonnes, une production d’environ 1,2 million, un déficit comblé par des importations qui auraient coûté 1,2 milliard de dollars en 2025 – un pays qui « dépense 9 000 fois plus pour importer que pour soutenir ses producteurs ».

Son remède : des clusters de cinquante petits producteurs partageant forage, minoterie d’aliments et chambre froide, un aliment produit localement – larves de mouche soldat noire, soja, tourteaux – pour ramener l’aliment de 70 % à 40 % du coût de production, et un crédit en intrants remboursé en poisson plutôt qu’un prêt en cash détourné.

Son verdict sur le sous-investissement est sans appel : moins de 2 % des budgets agricoles africains vont aux pêches, moins de 10 % de cette part à la petite échelle, et l’Afrique investirait moins de 50 millions de dollars par an dans un secteur qui nourrit 200 millions de personnes. « C’est le système alimentaire le plus sous-financé avec le meilleur retour sur investissement. »

Dawda SAINEPour Dawda Foday Saine, secrétaire général de la CAOPA, l’enjeu est moins technique que politique : la participation réelle des communautés. Il a opposé la « participation effective » à la participation de façade – signer la liste de présence et figurer en annexe des rapports. Il demande des représentantes des femmes et des jeunes avec droit de vote sur tous les sites de débarquement, un fonds communautaire protégé alimenté par les recettes de licences et d’accès, et une première vague de subventions pour le séchage, le fumage et la chaîne du froid. Il plaide aussi pour l’indépendance financière des organisations professionnelles, souvent invitées aux négociations sans que les États prennent en charge leur déplacement.

Le public n’a pas épargné le panel. Depuis l’Afrique du Sud, un pêcheur artisan a décrit un désavantage historique : chaque nouvelle industrie du littoral – commercial hier, aquaculture et énergies aujourd’hui – marginalise les mêmes communautés.

De la Tunisie, un participant a signalé qu’une aquaculture tournée vers l’exportation reste inabordable localement. L’ONG Changing Markets a posé la question sensible : une industrie « responsable » de farine de poisson en Afrique de l’Ouest est-elle compatible avec les droits humains ?

Réponse prudente de Barange : « le problème relève de la gestion des industries concurrentes et de l’allocation des ressources, et c’est aux gouvernements de fixer et de négocier leurs priorités. » C’est un désaccord de cadrage resté ouvert – un webinaire honnête ne cache pas ses zones d’ombre.

Trois messages, récapitulés par le modérateur en clôture, résument la séance. La pêche artisanale nourrit déjà l’Afrique et mérite d’être reconnue dans les lois et les budgets. L’aquaculture peut aider, à condition de nourrir d’abord les populations locales et de rester accessible aux petits producteurs. Et, sans financement réel accessible aux femmes, aux jeunes et aux petits opérateurs, rien ne changera. Les transformatrices – environ 80 % du fumage et du commerce du poisson, selon la CAOPA – restent la variable clé : « chaque dollar investi dans des fumoirs améliorés rapporterait environ trois fois, poisson sauvé, santé préservée, revenus accrus », souligne Dawda Saine.

La formule de clôture tenait en une phrase : « La pêche et l’aquaculture artisanales ne sont pas des rivales. Bien gouvernées, elles avancent ensemble. Encore faut-il mettre les communautés au centre. »

Mamadou Aliou Diallo

Note : les chiffres et citations de cet article sont rapportés tels qu’énoncés lors du webinaire et n’ont pas été vérifiés auprès de sources externes.

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