À Yaoundé, Gaoussou Gueye porte la voix de la pêche artisanale au panel sur les prochaines étapes de l’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche
Le 27 mars 2026, à l’hôtel Hilton de Yaoundé, Gaoussou Gueye, président de la CAOPA, participe au panel sur l’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche. Organisée par le BMZ, The Pew Charitable Trusts et l’IISD, cette session réunie plusieurs experts pour discuter des prochaines étapes en faveur d’une pêche durable, équitable et bénéfique aux communautés côtières. À travers son intervention, Gaoussou Gueye a mis l’accent sur les enjeux de la pêche artisanale.
Lire l’intégralité de ses réponses aux questions du panel.
Q1. La pêche artisanale s’inquiète de la perte de subventions indispensables. Pensez-vous que les accords de l’OMC abordent cette question ? Le peuvent-ils ?
Gaoussou Gueye : L’Accord de l’OMC sur les subventions à la pêche adopté en 2022 constitue une étape importante. Il interdit certaines subventions liées à la pêche illégale, à la pêche sur des stocks surexploités et à certaines activités en haute mer.
Mais soyons clairs : cet accord ne répond pas à la principale inquiétude des pêcheurs artisans. Ce ne sont pas les pêcheurs artisans qui sont à l’origine des problèmes de surcapacité et de surpêche. Les pêcheurs artisans ne demandent pas des subventions pour surexploiter les ressources. Ils demandent des soutiens pour travailler en sécurité, mieux conserver et valoriser leurs produits, accéder aux marchés et assurer des moyens de subsistance dignes.
Q2. Quel serait l’impact de restrictions plus larges des subventions sur les flottes de pêche artisanale par rapport aux flottes industrielles ?
Gaoussou Gueye : C’est là le risque réel. Si les restrictions de subventions sont appliquées sans discernement, les pêcheurs artisans pourraient perdre des soutiens essentiels, alors même qu’ils ne sont pas responsables de la surcapacité et de la surpêche mondiale.
Dans le même temps, des milliards de dollars de subventions continuent d’alimenter la surcapacité des flottes industrielles. Ces subventions permettent aux navires industriels d’aller plus loin, de pêcher plus longtemps et de capturer davantage de poissons que ce que les océans peuvent supporter. Une réforme mal conçue pourrait ainsi pénaliser ceux qui pêchent le moins et continuer à soutenir les flottes les plus intensives. La réforme des subventions ne doit pas créer une double injustice, à la fois écologique et sociale.

Q3. Comment Fish One pourrait-il être mis en œuvre à l’avenir pour aider la pêche artisanale ?
Gaoussou Gueye : Il est essentiel que les discussions en cours permettent de faire une distinction claire entre les types de subventions. Nous voulons que les subventions contribuent à soutenir la pêche artisanale.
Nous demandons que les gouvernements choisissent de réorienter les subventions vers des biens publics : la sécurité en mer, les infrastructures locales de transformation, la chaîne du froid. L’accord de 2022 est une première étape, mais sa mise en œuvre doit protéger, et non fragiliser, les communautés artisanales.
Q4. Comment la participation de la pêche artisanale peut-elle être assurée ?
Gaoussou Gueye : La pêche artisanale doit être pleinement impliquée dans les processus de décision, de suivi et de mise en œuvre, tant au niveau national qu’international. Cela suppose un accès réel à l’information, des espaces de dialogue inclusifs et des mécanismes qui permettent aux organisations professionnelles de faire entendre leur voix.
On ne peut pas définir des politiques efficaces sans écouter celles et ceux qui vivent de la mer.
Q5. De quels mécanismes adaptés la pêche artisanale a-t-elle besoin ?
Gaoussou Gueye : La pêche artisanale, aux niveaux national et régional, a besoin de dispositifs de financement accessibles, de soutien à la cogestion, de systèmes d’information qui prennent en compte ses réalités, notamment le rôle des femmes, et de politiques publiques alignées avec les Directives volontaires pour une pêche artisanale durable.
Q6. Les négociations Fish Two sont en cours, qu’espérez-vous de ces négociations ?
Gaoussou Gueye : Les négociations en cours, que l’on appelle souvent Fish 2, sont déterminantes. Nous espérons qu’elles permettront enfin de traiter les subventions qui créent la surcapacité et la surpêche, tout en protégeant la pêche artisanale.
Il est également essentiel que ces négociations garantissent un traitement spécial et différencié réel pour la pêche artisanale des pays en développement.

Q7. Explorez quelles dispositions sont essentielles dans le projet Fish II pour protéger la pêche artisanale d’un partage injuste de la charge tout en maintenant les objectifs de durabilité.
Gaoussou Gueye : Les mêmes disciplines sur les subventions ne peuvent pas s’appliquer de la même manière aux pêcheries artisanales et aux flottes industrielles. Il est essentiel de reconnaître que la pêche artisanale n’est pas à l’origine du problème et qu’elle fait partie de la solution.
Cela nous amène aussi à la question de la définition de la pêche artisanale. Il n’existe pas aujourd’hui de définition internationale unique, et pour la CAOPA, il ne devrait pas y en avoir. La diversité des réalités est trop grande. Mais il est possible d’identifier des caractéristiques communes qui prennent en compte les dimensions sociales, économiques et culturelles. La pêche artisanale se définit aussi par son rôle dans les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et les connaissances traditionnelles.
Les subventions publiques doivent nourrir les populations, pas vider les océans. Et un océan durable n’est pas seulement un océan avec plus de poissons. C’est un océan qui continue à faire vivre les communautés de pêche.
Décryptage Aliou DIALLO



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