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Aliou diallo97 Views

Qui décide de l’accès aux ressources halieutiques en Afrique ?

Quand un État signe un accord d’accès à ses eaux, la décision se prend loin des quais. Pourtant, c’est sur les quais qu’elle se paie : prises qui baissent, zones de pêche qui reculent, revenus qui deviennent imprévisibles. La CAOPA repose une question simple et exigeante : qui décide, et sur quelle base ?

Ce que fixe réellement un accord d’accès

Un accord d’accès est un contrat entre un État côtier et un autre État, ou une entreprise étrangère. Il autorise des navires à pêcher dans les eaux du pays, en échange d’une contrepartie financière.

Le texte fixe trois choses : les zones ouvertes, les quantités autorisées, et la contrepartie. Il ne fixe pas toujours ce qui reste aux pêcheurs artisans, ni comment la transformation locale sera approvisionnée. C’est précisément dans cet espace non écrit que se logent les pertes.

Un accord peut donc être juridiquement valable et économiquement défavorable aux communautés. Confondre les deux questions – la légalité et l’équité – revient à renoncer à la seconde.

Ce que cela change sur l’eau

La première conséquence est géographique. Quand une zone se ferme à la pêche artisanale, la pirogue ne s’arrête pas : elle va plus loin. Le carburant augmente, le temps de mer s’allonge, la sécurité se dégrade.

 

Mareyeuse à Gunjur 2025 ©Aliou DIALLO CAOPA
Mareyeuse à Gunjur 2025 ©Aliou DIALLO CAOPA

La deuxième est commerciale. Moins de poisson au quai signifie moins d’approvisionnement pour la transformation et, souvent, des prix plus instables pour le consommateur local.

La troisième est invisible dans les statistiques : c’est le travail des femmes du post-capture, qui ajustent leurs volumes, leurs horaires et leurs revenus en fonction d’une décision prise sans elles. Dans un entretien publié par la CAOPA, la FAO rappelle qu’elles représentent en moyenne 58 % des acteurs des activités en aval – un chiffre attribué à la CAOPA, pas une statistique officielle.

Les quatre moments de la décision

Il n’y a pas un moment de décision, il y en a quatre, et chacun s’ouvre à des acteurs différents.

L’évaluation : l’état des stocks et la capacité de pêche existante. C’est là que la précaution se joue, ou se perd.

La négociation : la composition de la délégation, l’accès aux documents, le calendrier. C’est le moment où les organisations sont invitées, ou pas.

La signature : publique ou discrète, publiée ou non. Une signature non publiée rend tout contrôle ultérieur impossible.

Le suivi : les données de capture, les licences, les bénéficiaires effectifs. Sans publication, un accord n’est vérifiable par personne – ni par les pêcheurs, ni par le parlement, ni par la presse.

Ce que les organisations demandent

Être informées avant, et non après. Être associées à la négociation, documents en main et délai de lecture respecté. Obtenir que les engagements pris soient publiés.

 

S-E accors d'accès pêcheries
S-E accors d’accès pêcheries

Ces trois demandes ne s’opposent ni aux États ni aux partenaires. Elles rendent les décisions applicables, parce qu’elles sont comprises par ceux qui doivent les vivre.

À Rome, le 8 septembre 2026, en marge de la 37e session du Comité des pêches de la FAO, la CAOPA a formulé six conditions pour que ces accords deviennent des instruments de développement : précaution, protection des espaces des communautés, transparence, participation effective, bénéfices définis pour les communautés, redevabilité avec clause de suspension.

«  La pêche artisanale nourrit des millions de foyers africains. Elle ne pèse presque jamais dans les décisions qui déterminent sa survie. C’est ce déséquilibre que la Diplomatie Bleue veut corriger.

Lire l’article, puis télécharger la fiche « Six points de contrôle avant toute signature »

Mamadou Aliou DIALLO

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