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La mer nourrit Madagascar. Qui protégera ceux qui en vivent ?

À Rome, lors de la 37e session du Comité des pêches de la FAO, le ministre malgache Jean Maharavo a défendu une pêche durable qui protège les ressources marines tout en préservant les revenus et l’alimentation des communautés côtières. À Madagascar, plus de 20 000 ménages de pêcheurs participent déjà à un mécanisme d’épargne et de financement local.

Des pécheurs malgaches lancent un filet sur l’île de Nosy Be. © PIERRE BAELEN-GREENPEACE
Des pécheurs malgaches lancent un filet sur l’île de Nosy Be. © PIERRE BAELEN

À l’aube, sur les côtes de Madagascar, la mer est à la fois une promesse et une inquiétude. Elle nourrit les familles, fournit du travail et fait vivre des communautés entières. Mais lorsque les ressources diminuent ou que le climat bouleverse les saisons, les conséquences arrivent jusque dans les foyers.

Pour cette grande île de l’océan Indien, protéger la mer ne relève donc pas seulement de la conservation. Il s’agit aussi de préserver les moyens de subsistance de ceux qui en dépendent.

C’est le message porté par Jean Maharavo, ministre de la Pêche et de l’Économie bleue de Madagascar, lors de la 37e session du Comité des pêches de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à Rome.

« Les pêches et l’aquaculture sont bien plus que des secteurs économiques », a-t-il déclaré. Elles constituent « une source de nourriture, d’emploi et de revenus pour des milliers de ménages ».

Un littoral immense, une responsabilité considérable

Madagascar compte plus de 5 000 kilomètres de côtes et une zone économique exclusive de plus d’un million de kilomètres carrés. Selon les chiffres présentés par le ministre, plus de 200 000 personnes travaillent dans la pêche maritime. Plus de 180 000 pêcheurs pratiquent la pêche artisanale.Pêche à petite échelle ®CAOPA

Derrière ces chiffres, il y a des familles dont les revenus dépendent des prises du jour. Il y a aussi des communautés pour lesquelles le poisson représente une ressource alimentaire essentielle.

Le pays dispose de deux millions d’hectares d’aires marines protégées et de plus d’un million d’hectares d’espaces marins gérés localement, répartis sur plus de 280 sites.

Ces dispositifs doivent contribuer à préserver les ressources. Mais la protection de l’océan se joue aussi dans les pratiques de pêche, le contrôle des activités et la participation des communautés aux décisions.

Madagascar affirme ainsi poursuivre ses efforts contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Le gouvernement mise notamment sur le renforcement de la surveillance et sur une coopération accrue entre les États.

Faire participer les pêcheurs aux décisions

Pour le gouvernement malgache, aucune politique durable ne peut réussir sans les communautés de pêcheurs.

Le pays poursuit la mise en œuvre des Directives volontaires de la FAO visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale. Il développe également des approches de cogestion, dans lesquelles les communautés prennent part à la gestion des ressources dont elles dépendent.

Cette participation doit dépasser les réunions et les déclarations. Elle suppose que les pêcheurs puissent prendre part aux décisions et assumer une responsabilité dans leur application.

Le défi est aussi économique. Comment renforcer la capacité des ménages à faire face aux difficultés, notamment celles liées au changement climatique, tout en soutenant une pêche artisanale mieux organisée ?

À cette question, Madagascar avance une réponse concrète : les groupes d’épargne et de commerce appelés « Lakile Telu ».

« Lakile Telu » : l’épargne au service des ménages

Ce mécanisme de financement inclusif, promu par le ministère de la Pêche et de l’Économie bleue, rassemble aujourd’hui plus de 20 000 ménages de pêcheurs, selon le ministre.

L’objectif est de soutenir leur résilience et le développement de leurs activités. Le mécanisme s’inscrit dans une démarche plus large qui associe gestion des ressources, participation locale et renforcement des pratiques de pêche artisanale.

Madagascar entend également étendre progressivement ses plans de gestion des pêcheries, renforcer les bases de données et le suivi, et confier davantage de responsabilités aux communautés concernées.

L’approche repose sur un principe : la protection des ressources marines ne peut être dissociée des conditions de vie de ceux qui les exploitent.

Du climat à la lutte contre la pêche illégale

À Rome, le ministre a aussi rappelé les engagements internationaux de Madagascar.

Le pays soutient la Déclaration de Mombasa en faveur d’une pêche transparente et durable, ainsi que la Déclaration de Kampala sur le développement agricole africain, qui reconnaît la place des pêches et de l’aquaculture dans des systèmes alimentaires plus résilients.

RESSOURCE-MARINE-ET-COTIER-MADAGASCAR Mpeb1536x1086Madagascar participe également au Blue NDC Challenge, une initiative visant à mieux intégrer l’océan dans l’action climatique. Le pays réaffirme son engagement au sein de la Commission des thons de l’océan Indien pour une gestion durable de ces ressources et une répartition équitable des bénéfices, en tenant compte des intérêts des États côtiers en développement.

Il soutient enfin l’accord de l’Organisation mondiale du commerce sur les subventions à la pêche, destiné notamment à lutter contre les aides qui favorisent la pêche illégale et la surexploitation.

Ces engagements fixent un cap. Leur mise en œuvre dépend toutefois des moyens disponibles, des connaissances scientifiques, de la qualité des données et des capacités de contrôle.

Des engagements, mais aussi des moyens


Le ministre a appelé les partenaires techniques et financiers ainsi que la communauté internationale à renforcer leur soutien aux pays côtiers en développement.

Les besoins concernent la recherche scientifique, les systèmes de données, la surveillance des pêches, l’adaptation au changement climatique, l’accès au financement, les chaînes de valeur et la formation des communautés.

Sans ces moyens, les pays côtiers risquent de porter seuls une responsabilité qui dépasse leurs capacités.

Pour Madagascar, l’enjeu est de transformer les engagements internationaux en changements visibles pour les pêcheurs et leurs familles. Le pays se dit prêt à partager son expérience, à apprendre des autres États et à construire de nouveaux partenariats.

Car l’avenir de la pêche ne se mesure pas seulement au nombre d’aires protégées ou aux accords signés. Il se mesure aussi à la capacité des communautés à vivre de leur activité, à nourrir leurs proches et à transmettre des ressources encore vivantes aux générations suivantes.

À Rome, le message du ministre a tenu en une exigence : préserver les ressources aquatiques qui nourrissent la population aujourd’hui, afin qu’elles puissent continuer à nourrir celle de demain.

Mamadou Aliou DIALLO

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