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À Dassilamé Sérère, la mangrove au cœur de l’avenir des communautés de pêche artisanale

Dassilamé Sérère, Sénégal – Ici, la mangrove n’est pas un simple cordon d’arbres entre la terre et la mer. Pour les habitants, elle fait partie de leur histoire, de leurs activités et de leurs ressources. Sa disparition progressive a changé leur quotidien.

Reboisement Dassilamé Sérère, ®CAOPA 2026La Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) mène une opération de restauration de la mangrove dans ce village, avec un financement d’Agroecology Fund/ WARAF. Le projet porte sur l’autonomisation économique et sociale des femmes transformatrices de la pêche artisanale de Dassilamé Sérère. Il prévoit le reboisement de cinq hectares de mangrove, la construction d’une unité de production et de transformation des produits de la mer, et un appui en équipements aux femmes actives dans la filière.

Une mangrove qui a reculé

Sidy Kor, chef de village de Dassilamé Sérère, se souvient d’un paysage très différent.

« Dans mon enfance, la manière dont je voyais la plage, même pour se mettre là-bas et voir ici, tu ne pouvais pas à cause de l’Avicennia », raconte-t-il. La mangrove occupait alors une place bien plus importante.Sidy Kor, chef village Dassilamé Sérère ©CAOPA 2026

Les habitants récoltaient des huîtres et d’autres produits sur ses rebords. L’eau douce permettait aussi des activités agricoles.

« On cultivait ici du riz et on faisait du maraîchage aussi, saison sèche comme saison des pluies », témoigne Sidy Kor.

La déforestation a réduit cette couverture végétale, et avec elle les ressources qui en dépendaient.

« Les huîtres et les poissons se font rares », constate Sona Sidy, vice-présidente du GIE Ndef Leng de Dassilamé Sérère. Elle pointe des pratiques de récolte inadaptées, combinées à la destruction progressive de la mangrove.

Les pêcheurs font le même constat sur les ressources halieutiques. Pour eux, la mangrove est une zone de refuge et de reproduction pour certaines espèces.

« Les gros poissons quittent la mer pour venir pondre dans les mangroves. Après l’éclosion des petits, ils partent », explique le jeune pêcheur Lamine Seidy.

Soda Sidy, Vice-Présidente GIE NDEF LENG ®CAOPA 2026Cette relation entre mangrove et ressources donne au reboisement une portée qui dépasse la seule restauration du couvert végétal.

« Si on fait le reboisement, après la maturité des mangroves, nous aurons plus d’huîtres », estime Sona Sidy.

Mais planter ne suffit pas. Les habitants le savent : les jeunes pousses ne survivent pas sans suivi.

« Reboiser seulement ne suffit pas. Il faut faire le suivi et la sensibilisation », souligne la vice-présidente, qui insiste aussi sur la protection des sites restaurés contre de nouvelles destructions.

Un volet économique pour les femmes transformatrices

Le projet associe cette restauration écologique à un appui direct aux femmes transformatrices de la pêche artisanale. Selon Khady Diop, chargée des programmes de la CAOPA, ces femmes manquent de moyens pour valoriser leurs produits.

« Les femmes peuvent avoir de l’équipement pour travailler », explique-t-elle. L’objectif est de leur permettre de générer des revenus pour elles-mêmes et leurs familles, et de créer des emplois au niveau local.

La CAOPA veut accompagner le GIE Ndef Leng dans cette démarche, et soutenir la création d’une unité de production et de transformation.

L’initiative s’appuie sur une expérience menée avec la communauté voisine de Néma-Bah.Khady DIOP, Chargée des programmes  ®CAOPA 2026 Les femmes de Dassilamé Sérère l’ont observée avant de solliciter un appui similaire.

« Les femmes de Dassilamé Sérère ont vu ça et elles ont demandé un appui. Et par la grâce de Dieu, on a obtenu un financement pour les accompagner dans leurs activités », raconte Khady Diop.

Le reboisement a mobilisé femmes, hommes et jeunes du village, une participation que la CAOPA considère comme une condition du suivi des plants.

« On a vu un engouement, un engagement collectif des jeunes, des femmes, des hommes qui sont là », indique Khady Diop.

La relève, condition de durée

La question des jeunes revient souvent dans les échanges autour du projet. Pour Khady Diop, ce sont eux qui devront assurer, dans la durée, le suivi des plants et la protection de la mangrove.

« Sans les jeunes, le développement ne sera pas durable », estime-t-elle. « Les vieux, les vieilles femmes, elles ont déjà un vécu. Ce qui reste, ce sont les jeunes. »

À Dassilamé Sérère, certains jeunes participent déjà aux activités. Cheikh Amadou Bamba Bodjan, étudiant à l’UGB/UFR des sciences juridiques et politiques et natif du village, y voit une responsabilité envers les générations à venir.

Hommes Dassilamé Sérère ®CAOPA 2026

« Planter ces arbres pour la génération future, c’est être au service des autres », affirme-t-il.

Le reboisement des cinq hectares n’est qu’une première étape. Il devra être suivi, protégé, et accompagné d’un travail de sensibilisation dans la durée. Pour les habitants de Dassilamé Sérère, l’enjeu dépasse le nombre d’arbres plantés : il porte sur les ressources qu’ils pourront encore tirer de la mer et de la mangrove dans les années à venir.

 

Aliou Diallo

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