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Sommet de la pêche artisanale : après Rome, l’heure des actes

Le Sommet s’est achevé le 6 septembre sur un bilan contrasté : une première session ministérielle, des engagements de pays, – mais aucune décision contraignante ni financement chiffré. Le COFI37, qui s’est réuni du 7 au 11 septembre, examine la question.

Ce qui a été accompli

D’abord, un bilan mondial : le Sommet a servi d’« évaluation » de la mise en œuvre des Directives et des plans d’action nationaux FAO. Ensuite, une première : la session ministérielle du 6 septembre. Enfin, des engagements concrets, détaillés par les ministres eux-mêmes.

Le Brésil a annoncé un premier plan national pour la pêche artisanale, construit comme « une stratégie pour les dix prochaines années ». Son ministre a rappelé l’échelle : « environ deux millions de femmes et d’hommes sont directement liés à la pêche artisanale » et le secteur « génère environ dix millions d’emplois indirects ».

L’Indonésie a lancé son plan d’action national en 2025, « à travers un processus collaboratif » associant institutions, universités, société civile et communautés, et a créé 100 « villages de pêcheurs » en 2025, avec l’objectif d’en développer 5 000 d’ici 2029.

Madagascar a adopté un plan d’action national en 2024, gère 1,7 million d’hectares de zones marines cogérées et prépare, « avec le soutien du GIZ et de la SADC », un séminaire national en octobre sur les subventions à la pêche.

Herman KUMARA WFFP

Le Cap-Vert a engagé la modernisation de sa chaîne du froid et de sa commercialisation, avec la FAO, le FIDA et la Banque mondiale.

Le Brésil, la Tanzanie, le Venezuela et le Sénégal ont pris des engagements pour faire avancer les Directives. Les mouvements, eux, se sont engagés à renouveler le Cadre stratégique mondial pour la pêche artisanale (SSF-GSF).

« Le principal résultat du Sommet, c’est que nous avons convenu de travailler dur pour renouveler le SSF-GSF afin de mettre en œuvre les directives », résume Herman Kumara, secrétaire général du WFFP.

Ce qui n’est pas un résultat

Le Sommet est un espace de dialogue : il n’adopte aucune décision contraignante. Les engagements des pays sont des intentions publiques, pas des lois ni des budgets. La revitalisation du SSF-GSF est un engagement des mouvements, pas une décision des États. Aucun financement chiffré n’a été annoncé publiquement. Des annonces et des recommandations, oui. Des décisions et des financements, non.

Les chantiers ouverts

Dawda SAINE SSF26Le secrétaire général de la CAOPA, Dawda F. Saine, a posé les priorités africaines devant le Sommet : cohérence entre politiques nationales et priorités continentales, « des droits et des règles qui soient mis en place », cogestion, équité de genre et inclusion des jeunes, systèmes de données et de redevabilité. Il a rappelé que la CAOPA a lancé une feuille de route le 18 juin 2026 et veut une année africaine de la jeunesse 2027, une occasion de bâtir « un mouvement de la pêche artisanale fort, parce que c’est essentiel pour la sécurité alimentaire, la dignité et l’avenir bleu pour l’Afrique ».

Ce qui reste sans réponse : le financement direct des organisations de pêcheurs, demandé avec force et sans réponse concrète documentée ; la traduction concrète de la place des femmes, des jeunes et des pêches continentales dans les politiques nationales.

Les risques, si rien ne suit

Manuel Barange S-Directeur FAO

Manuel Barange, sous-directeur général de la FAO, a donné le cadre : « 600 millions de personnes souffrent de la faim aujourd’hui dans le monde », et la consommation de produits aquatiques en Afrique risque de chuter. Les mouvements, eux, mettent en garde contre l’écart entre les discours et la réalité : si les Directives ne sont pas appliquées « comme des droits et non comme une brochure », « l’accaparement des océans » continuera et les jeunes partiront WFFP. « La priorité à court terme, c’est de ne pas perdre la visibilité », prévient Zoila  Cárdenas, présidente de la CONAPACH et de l’ULAPA.

Et maintenant ?

La mécanique est connue. Le COFI37 a examiné, du 7 au 11 septembre, un point consacré au soutien à la pêche et à l’aquaculture artisanales, notamment aux pêches continentales FAO.

Le suivi des engagements devra se vérifier pays par pays : plans nationaux construits « avec » les organisations de pêcheurs, pas seulement « à propos » d’elles. Les délégations africaines, elles, sont rentrées vers Dakar, Conakry, Banjul, Mombasa, Seychelles, Abidjan – avec la charge de raconter ce qui s’est dit à Rome, et de vérifier ce qui s’y fera.

La question principale était : qu’est-ce que Rome change réellement dans la vie et dans la capacité d’action des communautés ?

Rien par décret. Un sommet ne met pas de poisson dans les filets. Mais Rome change l’agenda : des engagements écrits, des ministres qui ont écouté des pêcheurs en face à face, un COFI37 qui consacre une place à la pêche artisanale. C’est une capacité nouvelle d’exiger – pas une victoire. Le verdict se rendra dans les douze prochains mois, pays par pays, débarcadère par débarcadère.

Mamadou Aliou DIlalo, de retour de Rome

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