Comprendre le Sommet de la pêche artisanale
Pêche artisanale : trois jours à Rome pour peser sur la carte du monde
Du 4 au 6 septembre 2026, des pêcheurs, des femmes transformatrices et des gouvernements se sont réunis au siège de la FAO à Rome, pour le 3e Sommet mondial de la pêche artisanale. Voici ce que ce rendez-vous change, ou pas, pour une communauté de pêche qui n’y était pas.
Le 4 septembre à 8 heures, les portes du siège de la FAO ouvrent pour l’enregistrement des participants. La première journée est réservée aux acteurs de la pêche artisanale eux-mêmes. Les gouvernements ne rejoignent la réunion que le deuxième et le troisième jour. Cet ordre n’est pas un détail. Il dit quelque chose du sommet : donner d’abord la parole à ceux qui vivent de la mer, avant de la donner à ceux qui la régulent.
Un sommet, pourquoi, pourquoi maintenant
Le Sommet mondial de la pêche artisanale existe depuis 2022. Celui de Rome est le troisième. Il a un objectif précis : faire vivre les Directives volontaires pour une pêche artisanale durable, adoptées par les pays membres de la FAO en 2014. Douze ans après leur adoption, leur mise en œuvre reste inégale d’un pays à l’autre.
Le sommet se tient juste avant la 37e session du Comité des pêches de la FAO, le COFI, qui réunit du 7 au 11 septembre les représentants officiels des pays membres. Il permet aux acteurs de la pêche artisanale de préparer, ensemble, ce qu’ils veulent porter devant les gouvernements réunis quelques jours plus tard.
Ce que dit la FAO, ce que disent les ministres
Le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a ouvert le sommet en rappelant l’ampleur du secteur : “Environ 500 millions de personnes dépendent de la pêche artisanale pour leur subsistance, et celle-ci fournit des aliments nutritifs à des millions de familles.” Il a salué la présence des ministres, soulignant qu’elle “témoigne avec force de [leur] volonté politique et de [leur] engagement en faveur de la pêche artisanale.“
Le dernier jour, une session ministérielle a réuni des ministres de la pêche de plusieurs pays. Pour le Brésil, Rivetla Edipo Araujo, ministre de la Pêche et de l’Aquaculture, a situé le débat sans détour : “Il n’y a pas d’avenir pour la pêche sans la conservation des ressources halieutiques. Comme il n’y a pas de pêche durable sans la garantie de conditions de vie dignes pour les femmes et les hommes qui vivent de la mer.” Il a indiqué qu’environ deux millions de Brésiliens dépendent directement de la pêche artisanale, en mer comme en eaux continentales.
Pour l’Indonésie, Sakti Wahyu Trenggono, ministre des Affaires maritimes et de la Pêche, a résumé l’enjeu de mise en œuvre : “Il n’est plus de savoir si la pêche artisanale est importante ou pas. Mais la question est : comment est-ce que ces engagements à l’échelle mondiale peuvent se traduire en changements concrets sur le terrain ?” Il a rappelé que 90 % des pêcheurs indonésiens sont des artisans, pour 90 % de la production halieutique nationale.
Pour le Cabo Verde, Eveline Nair Monteiro Ramos, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Pêches, a insisté sur le terrain : “Nous savons que la durabilité ne peut pas être imposée par décret. C’est un ensemble de politiques cohérentes, d’actions concrètes au service des communautés.”
Pour Madagascar, où la pêche à petite échelle représente 67 % de la production halieutique nationale et fait vivre plus de deux millions de personnes, le ministre de la Pêche et de l’Économie bleue, le Pr Jean Maharavo, a défendu un principe : “L’équité, la vraie équité et la sécurité alimentaire ne sauraient être réalisées sans une autonomisation des femmes qui travaillent dans le secteur de la pêche.”
L’Afrique et les femmes, à la tribune
Deux membres de la CAOPA sont intervenus au programme du premier jour : Dawda Saine, secrétaire général de la CAOPA, dans la table ronde d’ouverture ; Dialikatou Cherif Haïdara, transformatrice et mareyeuse à Conakry, l’après-midi.
Dawda Saine a identifié quatre défis majeurs pour la pêche artisanale africaine : une gouvernance fragmentée entre pays, le changement climatique et la dégradation des habitats, le faible engagement des jeunes dans le secteur, et la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Il a présenté la feuille de route lancée par la CAOPA le 8 juin 2026, et évoqué l’Année africaine de la jeunesse en 2027 comme échéance pour bâtir un mouvement de la pêche artisanale plus fort.
Mercy Mghanga, vice-présidente de la CAOPA et commerçante de poisson au Kenya, a expliqué être venue “représenter la communauté dans la pêche à petite échelle” et “partager les connaissances” sur les défis vécus au quotidien, entre pollution, changement climatique et pression croissante des activités minières et touristiques sur les zones de pêche.
Dialikatou Cherif Haïdara a livré le témoignage le plus personnel de la journée : Elle a défendu la place des femmes dans la chaîne de valeur : “Une femme transformatrice n’intervient pas après le pêcheur. Elle fait partie de la même chaîne.” Et a résumé sa demande en une phrase : “Nous ne demandons pas la charité. Nous portons une expérience du terrain que personne d’autre ne peut porter à notre place.“
Ce que cela change, ce qui ne change pas
Un sommet à Rome ne construit pas un quai, ne réduit pas le prix du carburant. La FAO revendique deux résultats concrets issus du processus lancé en 2014 : un plan d’action régional commun pour la Méditerranée et la mer Noire, et le lancement participatif de plans d’action nationaux dans sept pays.
La FAO reconnaît elle-même qu’il reste beaucoup à faire. Les communautés côtières restent exposées à la dégradation de leur environnement, aux événements climatiques extrêmes, à la perte de biodiversité et à la concurrence d’autres secteurs pour l’accès aux ressources.
Ce que porte la CAOPA à Rome, ce sont des priorités construites depuis des années sur le terrain africain : transparence des accords d’accès, lutte contre la pêche illicite, gestion partagée des ressources qui traversent plusieurs pays, comme la sardinelle en Afrique de l’Ouest.
Mamadou Aliou DIALLO, de retour de Rome




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